SOCIÉTÉ I SAM, UNE FEMME ORDINAIRE.


P A R    V I R G I N I E   V .   -   2 6 . 1 1 . 2 0 2 1

Je m'appelle Sam, j'ai 37 ans, je suis mariée et j'ai deux enfants merveilleux.

J'avais une vie heureuse et sereine , avant… Ne me demandez pas comment j'en suis arrivée là…

Aujourd'hui, je vis dans la peur, fatiguée, épuisée et dans la violence de celui que j'aimais par dessus tout…

 

LE BONHEUR


(c) pexels
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J'ai connu celui qui deviendra mon mari et le père de mes enfants il y a douze ans. J'avais 25 ans, c'était lors d'une soirée entre amis. Ma meilleure amie m'a présenté Ludo, me vantant toutes ses qualités extraordinaires. Il était beau, intelligent, romantique et il avait une bonne situation professionnelle.

 

Moi, je venais de commencer mon boulot d'infirmière à l'hôpital. Un travail prenant et passionnant qui allait bientôt m'attirer les foudres de mon "amour"...

 

On a tout de suite vécu ensemble. Il avait son appart et étant architecte, son duplex était fabuleux ! Les jours passaient, on était heureux. Tout semblait limpide avec lui. Restaurants, théâtres, voyages, réunions de boulot avec des gens "importants". 

 

L'homme parfait !

 

On s'est mariés au bout d'un an et demi et Romane est née peu de temps après.

 

Au début, c'était génial.

Une famille heureuse, aimante et plein de projets.

Et ça a commencé à dériver.

 

Les reproches commençaient à tomber. J'étais une mauvaise mère.

Je bossais pour "les autres" pendant que ma fille avait besoin de moi…

Lui, avait un travail indispensable, il ne pouvait pas se permettre de rater un séminaire ou autre réunion de projet …

Avec son salaire, je n'avais pas besoin de bosser. La vie de famille était plus importante et je n'étais qu'une petit "merde" de laisser ma fille toute seule!

 

Pourtant, mon métier, qu'est ce que je l'aime, ça a toujours été une passion, j'étais née pour ça. Aider les gens, me rendre utile, les soigner, les aider...être là pour eux.

 

Ça faisait longtemps que la violence des mots montait, que la force de son regard m'effrayait.

 

Romane avait deux ans lorsqu'il m'a giflé pour la première fois. Devant ma fille. Pour une histoire de purée tombée par terre…

 

L'enfer venait de commencer…

LA PEUR


(c) pexels
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À la suite de ça, je me suis suis dit qu'il devait être fatigué par son travail. Il attendait depuis quelques jours la réponse pour un grand projet d'aéroport qu'il n'obtiendra d'ailleurs pas…

 

Je comprenais que Romane n'était pas très facile et que mon absence à l'hôpital pesait sur la famille.

 

Alors, j'ai tout mis en œuvre pour lui faciliter la vie.

Je me levais tous les matins à 6H, je m'occupais du linge, repassage et autres tâches ménagères quotidiennes. En gros, je faisais tout…

Je levais ma fille à 7h20 et l'emmenais à la crèche pour 8H15.

Puis je filais au boulot. je m'étais arrangée pour commencer à 9h. Mes collègues étaient d'accord. On allait faire un essai. Plus de nuits, plus de jours fériés, plus de soirs… bref, une vraie petite femme aimante.

 

Arrive 18h, j'allais chercher Romane et revenait à la maison en passant faire quelques courses.

Nous rentrons, je donne le bain, fais la cuisine, prépare la table pour le diner. Ma fille mangeait avant nous. Ludo ne supportait pas qu'elle "miaule" comme il disait !

 

J'ai tenu le rythme pendant cinq mois.

Une cadence infernale que peu d'hommes peuvent mesurer.

 

Et un soir... je n'avais pas fait le diner. J'étais épuisée.

J'avais ouvert un plat surgelé à réchauffer.

Sans que je ne le vois venir, je me suis pris un aller-retour bien comme il faut avec tout ce qu'il va avec.

"salope, pétasse, t'es qu'une feignasse...même pas foutu de faire un repas normal !"...

 

Je me suis retrouvée par terre les mains autour de ma tête, la trouille au ventre et rouée de coups de pieds…

 

Ce soir là, fut le commencement d'un déchainement quotidien… Et j'allais apprendre que j'étais enceinte...

 

 

L'ANGOISSE


(c) skyrock.com
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Les coups ont cessé un temps quand je lui est appris que j'attendais notre enfant. Bien qu'un "putain, il ne manquait plus que ça…" lui sortant de sa bouche, il ne m'a plus touché jusqu'à l'accouchement. Des menaces, oui. Des insultes, bien sûr mais plus de coups.

 

En revanche, Romane avait souvent des bleus sur les bras et les jambes. Mais je pensais que ce n'était que des chutes d'enfant, des petites bagarres. Elle avait fait sa rentrée à la maternelle et les enfants de cet âge font des cascades en tous genres.

 

J'ai accouché le 14 février (ironie de l'histoire) d'un petit garçon que nous avons nommé Rémi. Un beau bébé tout rose, tout potelé qui était affamé toutes les trois heures.

Rapidement, Ludo me disait que c'était l'enfer dans cette maison. Que ça "gueulait" tout le temps.

J'ai pris la décision de dormir avec Rémi dans la salle très rapidement. La tension était montée d'un cran et Ludo rentrait de plus en plus tard. Je sentais bien que ça pouvait déborder à tout moment.

 

Je n'avais pas encore repris le travail.

Il me restait deux semaines avant la reprise mais j'étais moralement et physiquement épuisée par la nervosité ambiante. Je savais que si je prononçais le moindre mot, ça allait valser.

 

Un matin, Romane ne voulait pas aller à l'école. Elle avait oublié son blouson la veille et je n'avais pas fait attention. 

Quand Ludo l'a su, il s'est mis à hurler, à faire tomber les chaises, les bols. Tout le monde criait. Romane parce qu'elle était effrayée, Rémi parce que les décibels étaient trop hauts et moi parce que j'avais peur pour ma fille.

 

Ludo était hors de lui. Ses yeux étaient rouges et ses veines ressortaient sur son front. Il se dirigea vers Romane et lui assena un coup de poing sur le nez. Je me précipitai sur elle, pour la protéger, en vain. Il me cogna de toutes ses forces. Je n'en pouvais plus de cette souffrance. Romane était en sang, sous mon ventre et son père me frappait, encore et encore…

 

Il va nous tuer…

 

Il partit de la maison nous laissant à notre douleur et notre peur. Je réussis à me lever tant bien que mal. Je demande à ma fille si ça allait. (quelle question…). Elle me répond que oui. Je file voir Rémi qui pleure toutes les larmes de son corps. J'essaie de le consoler mais mon cœur bat tellement fort que c'est finalement encore pire…

 

Je soigne Romane mais j'ai peur que ce soit plus grave. Et je ne me suis pas encore vu…

Je file dans la salle de bain et je suis terrifiée par mon visage tuméfié…

 

Alertés par les cris des enfants, des voisins sonnent à la porte et voient la scène d'horreur…

 

La voisine prend en charge Rémi et le voisin nous prend dans ses bras Romane et moi, effrayées ne comprenant pas ce qui se passe.

 

Je pleure, longtemps, très longtemps…

Mes anges gardiens sont arrivés pour nous sauver de cet enfer.

 

Ils appellent la police et le SAMU.

Une multitude de questions me tombe dessus, bien sûr, et j'y réponds tant bien que mal. Je suis stressée, honteuse. je suis l'ombre de moi même. Ma fille est catatonique. Mon fils pleure toujours.

 

Le Samu arrive et nous amène à l'hôpital. Nous sommes pris en charge tout de suite. 

Ma fille a un traumatisme crânien et moi deux côtes cassées et le nez en charpie. 

Mes yeux sont tous bleus et mes joues cramoisies.

Je m'en veux tellement de pas avoir su protéger mes enfants…

J'aurais dû me douter, j'aurais dû savoir …

j'aurais dû…

j'aurai dû…

 

Mais c'est fini... l'horreur est derrière nous.

 

L'ESPOIR


(c) centerblog
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Le jugement est passé.

Ludo écope de deux années de prison avec sursis dont six mois fermes.

 

Je me reconstruis tout doucement. 

J'ai demandé le divorce. Tout ça, prend du temps.

 

Romane est à présent en CE1 et elle semble heureuse. Elle est suivie par un pédopsychologue et n'aura pas de séquelles physiques de son agression.

Rémi ne se souvient de rien. Il était trop petit mais est suivi également.

Ils ne veulent pas revoir leur père pour le moment.

 

Moi, je continue mon chemin persuadée que tous les hommes ne sont pas aussi mauvais. Je n'arrive toujours pas à retrouver la confiance. On s'aimait tellement fort…

Je pense à ces centaines de femmes tuées sous les coups de leur conjoint…

j'aurais pu être l'une d'entre elles…

 

Claude et Karine, nos anciens voisins sont devenus des amis. Ils nous aident beaucoup à nous reconstruire et gardent les enfants le soir lorsque je suis au travail. Mon job me permet de tenir le coup. 

 

 

La vie nous a offert une seconde chance et je crois au bonheur retrouvé…

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