CINÉMA I LA TERRE DES HOMMES DE NAEL MARANDIN


P A R   P E G G Y   V .   E T   T O N Y   S A N S   P .   -   2 1 . 1 2 . 2 0 2 1


Du 22 au 27 Novembre dernier, l'association AZ KROUIN a organisé son 1er WAR-SAV Festival. Il s'agit ici d'une semaine de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles, à travers des conférences, spectacle, dédicaces et marche aux flambeaux.

 

En partenariat avec le collectif NousToutes.org29, la Ligue des droits de l’Homme, le CIDFF (Centre d’Information sur les droits des femmes) et l'association Gros Plan, KACTUS était à la projection au cinéma LE KATORZA, du film de Nael Marandin, intitulé ''La Terre des Hommes'', film de société qui traite de la place de la femme dans le milieu agricole et plus précisément, sur un sujet important : l'agression sexuelle.

 

Suivez le guide...

SELON PEGGY V.


Lorsqu'il m'est proposé d'assister à cette projection, cela sonne comme une évidence, car, c'est une cause qui me touche, particulièrement. J'en suis sortie à la fois bouleversée et convaincue.
Convaincue, car, le sujet a été traité avec une justesse remarquable. Sans excès. Une justesse probablement liée au fait que ce film a été pensé, réalisé par un homme.

Pas de parti pris,  ni, de "faux-procès" mais plutôt une invitation à réfléchir... 


À s'interroger, sur la notion de l'abus sexuel ou "viol". Dans l'esprit de chacun, c'est très clair car l'on s'en fait une image qui va ici être chamboulée, y compris pour la victime elle-même qui prendra du temps à réaliser, à comprendre ce qui lui arrive. Un cas isolé ? Bien loin de là...

L'idée du monde agricole, le réalisateur nous expliquera comment elle lui est venue, en assistant à un marché au bétail, où il ne croisera que deux femmes. Et cette question qu'il se sera alors posée : comment une femme peut-elle évoluer dans ce milieu essentiellement masculin, s'y imposer, trouver sa place, être "crédible", en quelque sorte.

Puis, la question de l'abus sexuel. Et ce constat si juste, que pour être reconnue victime de viol, il faut deux choses : un bon coupable et une bonne victime.


Le bon coupable, on l'imagine tel un monstre, qui vous agresse au coin d'une ruelle sombre, vous contraint, par la force physique. Celui qui fait les gros titres dans la presse, que la police recherche, activement. La bonne victime, est quant à elle, cette femme qui hurle, se débat, cherche à échapper à son agresseur.

Ici, rien de tout cela ! Le coupable, c'est son "supérieur", un homme influent, et plutôt quelqu'un de bien, au demeurant. Quelqu'un qu'elle admire, et respecte. Il a été jusqu'ici plutôt bon avec elle, croit en son projet, l'encourage, veut l'aider à sauver l'affaire familiale. Déjà, il y a comme "un conditionnement". A ses yeux, il fait un peu figure d'exception, dans ce domaine majoritairement masculin. La scène où elle se trouve enfermée dans l'enclos et "vendue aux enchères" dans une plaisanterie douteuse, montre bien le manque de respect auquel elle peut être confrontée tous les jours. Un milieu dépeint comme étant assez "sexiste".


Il n'y a guère plus de violence, dans cet abus sexuel. Cela commence par un geste tendre, réconfortant, dans un moment d'abattement, "ne t'inquiète pas, cela va marcher, je vais t'aider". Puis, un baiser, qui dérape. A ce moment, Constance est comme figée, et se laisse, le laisse faire. On parlera plus tard de "sidération". Dans son esprit, tout va trop vite... Puis, il y a beaucoup à perdre, si elle se refuse à lui.


De retour chez elle, elle tente d'occulter ce qui vient de se produire, en retrouvant celui qu'elle s'apprête à épouser. Et pourtant, la nuit même, ce cauchemar, où elle se fait écraser par un boeuf, qui la regarde fixement avant de la plaquer de tout son poids contre un mur... Le malaise, le choc est bien là. On peut aussi  deviner, sa gêne, sa honte, vis-à-vis de l'homme qu'elle aime, à qui, elle ne dit rien...

Alors, y a t-il eu, ou non, agression sexuelle ? Constance se considère t-elle à cet instant comme victime ? Et cet homme est-il conscient d'avoir abusé d'elle ? Honnêtement, je ne le pense pas. Après tout, elle était libre de refuser, de partir. Elle ne l'a pas fait...

C'est lors de la séance de questions que les éclairages nécessaires nous seront donnés avec la définition du "consentement".
Ce consentement doit s'appuyer sur 5 points. Il doit être LIBRE, donc, sans contrainte, sans faire usage de la menace, du chantage (y compris affectif). Il se doit d'être ECLAIRE, c'est à dire, parfaitement conscient. Une personne sous l'emprise de la drogue, souffrant d'une déficience (on peut ici évoquer le handicap mental), pas suffisamment informée (jeune, ne connaissant pas son corps), ne peut avoir le jugement nécessaire... ENTHOUSIASTE, le terme parle de lui-même, DURABLE : on peut dire "oui" dans un premier temps, puis, "non" si l'on juge que quelque chose déplaît, va trop loin...

Conclusion, non, l'abus sexuel n'est pas forcément l'affaire d'un monstre. Cela peut aussi être celle du petit ami, d'une personne d'autorité à qui l'on n'ose dire "non". Non, la victime ne criera pas forcément. Cela pourra très bien être cette femme qui accepte, par peur, par méconnaissance... Toute la difficulté sera alors pour elle d'être reconnue comme victime... Et, au delà de cela, de vivre avec ! Ne pas se sentir coupable (d'être victime, quel paradoxe...), honteuse, de ne pas s'être suffisamment respectée, de n'avoir pas sû dire "NON".

Le sujet en est-il clos pour autant ?
Me positionnant maintenant du côté de l'homme... Et, me voulant la plus objective possible... J'en arrive tout de même à penser que... cela fait beaucoup de choses à intégrer, cette notion de "consentement" Qu'il peut être difficile, de connaître les intentions réelles d'une femme qui dit "oui". On le voit bien aujourd'hui, avec la multiplication des affaires, des plaintes, l'abus dans l'autre sens est aussi possible. Et la tâche de la justice pas toujours simple... Un réel problème de société.


Le plus important étant peut-être d'en parler, et comme l'a fait  avec brio Nael Marandin, d'inviter à réfléchir.


SELON TONY SANS P.


Le décor est planté. Univers agricole, une jeune ouvrière et son ami, tentent de proposer un modèle économique, pour sauver la ferme en faillite de son père.

 

Ce modèle économique est proposé par un administrateur, qui, par abus de pouvoir, va finir par contraindre la jeune femme dans son bureau, par un acte odieux que représente le viol.

 

Au fil du film, c’est le mental et les regards de la jeune femme qui pose les bases du film.

Ce moment, où tout bascule, où l’équilibre et le temps se tordent pour elle.

Vivre avec ce déni va faire parti de son quotidien et ce déséquilibre va être dévasteur, car même si l’agression sexuelle est une expérience humaine insupportable, c’est aussi le ‘’pseudo soutien’’ de l’entourage familial et amicale qui l’est autant - du moins dans le film.

 

Le père qui tire au fusil chez l’agresseur et le petit copain qui ne veut rien savoir participe à cela. Le rapport de force change au fil du film, et la jeune femme s’accroche à de nouveaux repères.

 

Il faut attendre cette scène forte où la jeune femme se retrouve

piégée dans l’enclos à bétail par d’autres agriculteurs- on appréciera leur humour au passage - avec une pseudo mise aux enchères, sonne comme un déclencheur chez la jeune femme.

Ce déclencheur psychologique, va provoquer la jeune femme à reprendre les rênes de sa propre vie.

 

Comme si s’accrocher à la sauvegarde de son exploitation, était plus important que tout le reste.

Et le coup de grâce, reste le procès classé sans suite, car faute d’éléments suffisant.

 

Sa situation personnelle et professionnelle finit par prendre de l’élan, mais sa situation psychologique restera marquée à vie.

Le film donne le ton et maintient le spectateur en haleine.


La performance de Diane ROUXEL (l’actrice qui incarne Constance) est remarquable, à tel point que le mental a dû être mis à l’épreuve. L’agresseur n’est pas nécessairement méchant sur la forme, mais il révèle sa toxicité.

QUESTIONS À NAEL MARANDIN


 

Pourquoi ce titre ‘‘ La Terre des Hommes’’ ?

 

Longtemps, le titre du film a changé. Un titre à quelque chose de particulier : celui que l’on voit dans la rue... et en même, c’est la lecture du film.

C’est mettre en lumière une contradiction qui est une force de récit, mais aussi le rapport que certains personnages ont avec le rapport de domination et de soumission que ce soit celles des corps comme celles des terres.

 

La scène du procès n’est pas dévoilée à la fin du film. Pourquoi ?

Simplement, parce que le procès est classé sans suite, et que ce n’était pas l’objectif du film. L’idée était de montrer comment le personnage reprend le contrôle de sa vie et comment elle fait pour s’en sortir avec toutes ces perturbations psychologiques.

 

 

 


Commentaires: 2
  • #2

    andre (mercredi, 09 février 2022 17:02)

    un sujet très actuel encore et ce film semble dénoncer ce qui ne se dit pas. J’irai le voir volontier.

  • #1

    Régis (mercredi, 22 décembre 2021 10:37)

    Super article ! Vos avis donnent envie de voir ce film pour se forger une opinion.